La crise actuelle nous encourage à réinventer le numérique

Face à une crise sanitaire majeure, comme l’est cette pandémie ou comme le serait toute catastrophe porteuse de risques respiratoires ou de contagion, le numérique joue un rôle singulier. Nous maintenir en lien, renforcer les coopérations, partager les informations et les idées, contribuer à des solutions concrètes ou de long terme. Mais le numérique n’est pas un grand ensemble cohérent : c’est un ensemble de dispositifs porteurs de choix techniques, économiques et politiques.
A la Fing nous sommes, comme beaucoup, fragilisés par cette situation imprévue. Mais nous sommes confortés dans la mission qui est la nôtre et que nous avons construite avec vous : questionner le numérique d’aujourd’hui dans la perspective du monde de demain. Contribuer à ce que les choix que nous faisons en matière numérique répondent aux aspirations de la société.

La nouvelle expédition Numérique tous risques, imaginée en 2019 et que nous engageons ce printemps, questionne précisément les relations aux risques, crises et catastrophes, en prospective mais avec des terrains bien réels, avec pour ambition de forger des pistes pour l’avenir. InternetActu, temporairement fermé, rouvre ses colonnes pour éclairer les débats actuels et y contribuer par sa veille et ses analyses.Les trois programmes que nous portons en ce moment sont réactualisés. Parce que les données personnelles sont un enjeu fort de la crise, le self data, à échelle territoriale comme à celle, mondiale, de mydata.org, est un champ de travail majeur pour les acteurs de la ville, de la santé, de l’éducation.Parce que la maximisation des profits dans un monde à ressources limitées est pour l’innovation une approche obsolète et dangereuse, l’innovation à impact est plus que jamais un champ à travailler et renforcer (Innovation Facteur 4), et la transition écologique un horizon qui doit modifier le numérique et en faire usage. Parce que les inégalités sociales sont aggravées par la crise et posent des questions d’équité scolaire, de disparités territoriales ou d’isolement, et parce que la dématérialisation est porteuse de potentiels et de difficultés, le travail sur un numérique capacitant (Capacity Lab) est une nécessité impérieuse.

Il ne s’agit pas seulement de produire ensemble des pistes et des idées : il s’agit, comme nous y engage Philippe Lemoine, d’ »engager un combat de grande ampleur sur l’enjeu du numérique » et d’envisager « d’autres manières de transformer le monde en utilisant les outils d’aujourd’hui ». #RESET 2022 est porteur d’un objectif transformateur à court-moyen terme et d’un cadre d’action collectif pour y parvenir. Des entreprises nous disent que leur approche du numérique est en train de changer. La société civile nous montre qu’elle entend jouer un rôle plus important que jamais. Les acteurs publics nous partagent leurs questionnements sur leurs modes d’action. La recherche nous montre un foisonnement de terrains et de problématiques actuelles.De nouveaux projets de coalitions émergent, rendus évidents par la crise, d’autres mûrissent ou évoluent, le rendez-vous de l’Assemblée RESET le 16 juin permettra de rassembler nos forces au service d’intentions communes.

La Fing c’est vous, depuis 20 ans : c’est le travail d’une petite équipe avec une communauté large et diverse. Nous avons aujourd’hui besoin d’adhérents, de partenaires financiers, de mécènes, de coproducteurs – et d’autant plus que certains de nous fidèles soutiens sont en difficulté : la Fing elle-même et ses projets sont en pleine levée de fonds.Nous avons besoin de contributeurs et complices. Nous savons qu’aujourd’hui vous êtes pour certains en cellule de crise continue, réduits à l’inaction pour d’autres, et pour la majorité en situations de télétravail compliquées. Mais vous êtes nombreux à nous manifester votre impatience de participer à nos travaux, et en période confinée nous avons ouvert la boite noire de la Fing, avec le rendez-vous hebdomadaire des FingTalks.
Nous avons aussi besoin que nos travaux soient largement partagés, qu’ils soient enrichis, que chacun en fasse bon usage, localement et internationalement. Notre Assemblée générale, le 24 juin, sera l’occasion pour la Fing de se projeter dans l’avenir à la lumière du présent.

Plan d’action de la Fing en 2020

Depuis vingt ans, grâce au soutien de nos partenaires et adhérents, nos travaux collectifs questionnent les transformations numériques, qu’elles soient technologiques, économiques, politiques ou sociales. Grâce à leur  confiance, nous faisons vivre cet équilibre entre praticiens et chercheurs, acteurs privés et publics, petites et grandes structures. Grâce au cadre commun que nous avons construit, toutes ces productions, dont vous appréciez la valeur, sont des “communs”, sous licence libre.

Le monde change autour de nous, nos travaux nous y ont préparés, qu’il s’agisse de prendre en compte l’urgence écologique, les enjeux de pouvoir de la technique ou de nombreux autres aspects : tout en restant fidèles à nous-mêmes, nous redéfinissons notre mission autour de deux rôles.

Le rôle exploratoire de la Fing s’incarne dans son média InternetActu et dans ses “Expéditions” menées chaque année. Il s’agit d’aiguiser les regards sur les technologies et leurs usages, de conduire des réflexions prospectives, de mettre les certitudes du numérique à l’épreuve des enjeux contemporains, vous le verrez à a découverte de notre prochaine expédition qui tiendra assurément cette promesse.

Mais il s’agit aussi de traduire les réflexions en actions, de les faire “atterrir”. Au-delà des pistes, il nous paraît maintenant nécessaire d’endosser un rôle transformateur, de traduire plus explicitement que par le passé les pistes de travail que nous élaborons en une recherche d’impact à court-moyen terme : au-delà de l’analyse des impacts du numérique sur la société, pouvons-nous renforcer les impacts de la société sur le numérique ? Et en 2022, que voulons-nous avoir réussi ?

Cet objectif d’impact se décline en intentions, leviers, alliances. Il s’incarne d’abord autour de trois programmes que nous voulons faire “réussir” d’ici à 2022 avec votre aide : Innovation Facteur 4 et la recherche d’impact environnemental pour l’innovation ; le Self-data ou la maîtrise par les personnes de leurs données personnelles, avec Mydata.org ; CapacityLab et l’élaboration de politiques et dispositifs numériques “capacitants” pour répondre aux enjeux d’appropriation.

Il prend une dimension nouvelle avec le programme collectif #Reset 2022, engagé fin 2019 au terme de notre cycle de réflexion prospective #Reset 2018-2019 qui nous a montré un numérique “sur la sellette” mais aussi d’importants leviers pour agir : il s’agit maintenant d’élargir le cercle et d’accroître la portée de ces réflexions.
Nous poursuivons l’objectif – immodeste mais vital – de « réinventer le numérique » : travailler concrètement à changer certaines conditions-clés dans lesquelles il se développe, afin qu’il contribue plus clairement au bien commun. Le mode opératoire de ce dispositif est collectif : il s’agit d’imaginer et de faire émerger des coalitions d’acteurs hétérogènes qui s’accorderont sur des intentions communes, sur des objectifs forts mais atteignables en moins de trois ans, sur les leviers pour les atteindre. Aujourd’hui une quinzaine de coalitions émergent, il peut y en avoir plusieurs dizaines. Nous engageons à la fois la mobilisation des dynamiques, la levée de fonds et l’outillage des acteurs.

Le numérique d’aujourd’hui échappe à la maîtrise collective et de nombreux acteurs de l’innovation comprennent qu’il n’y a pas de chemin viable dans un numérique subi par la société, qu’il y a des avantages stratégiques à un numérique dont nous sommes les acteurs. Le numérique d’aujourd’hui n’est pas adapté au monde de demain, à ses incertitudes, aux enjeux climatiques et politiques du 21e siècle. Pour toutes ces raisons, la technologie est éminemment politique. Notre conviction est aujourd’hui qu’il est possible d’orienter le numérique. Nous, acteur collectif, nous vous proposons de nous engager dans une redéfinition d’un numérique qui proposerait du “mieux” plutôt que du “plus”.


Lancement du projet RUDI

Rennes Métropole est l’un des 20 lauréats (sur 175 dossiers) de l’appel à projets européen UIA “Digital Transition”, destiné à soutenir des projets innovants.

La Fing est l’un des 13 partenaires de ce projet, nommé RUDI (Rennes Urban Data Interface – ‘l’interface des données rennaises” – 2019-2022), qui vise à faciliter l’accès aux données du territoire par tous ses acteurs afin de produire des services performants et respectueux de la vie privée et des valeurs du service public.

Les travaux se sont engagés fin 2019, le premier comité de pilotage a eu lieu le 21 janvier. La Fing contribue à l’animation du projet avec des apports sur la compréhension des besoins et usages, le self data, la culture de la donnée, la stimulation de l’émergence de projets pilotes, les thématiques d’usages potentielles.