Quelque chose se passe du coté de la fabrication numérique

En écho au projet FabLab Squared que mène la Fing avec quelques partenaires, la Matinale du 17 septembre 2010 faisait le point sur les FabLabs et autres lieux de fabrication numériques, avec Jean Michel Cornu (directeur scientifique de la Fing) qui expliquait leurs spécificités.
Intervenaient également Nicolas Lassabe, qui a monté le premier FabLab français à Toulouse, ainsi que Nirina Thibault et Alice Zagury (de Silicon Sentier) qui rentraient d’un voyage européen au coeur des lieux de prototypage rapide.

Au Sommaire

La révolution du "Faire soi même"

Le nombre d’innovations depuis 1993, de l’arrivée du web à aujourd’hui est supérieur au nombre d’innovations depuis l’origine de l’humanité jusqu’en 1993. L’innovation est même exponentielle ; nous sommes de plus en plus créatifs et innovants.

Cette tendance s’explique par la généralisation des accès aux outils multimédias et de (télé)communication dont les coûts baissent de façon exponentielle quand la puissance des matériels (hardware) augmente dans l’autre sens.

Coté usage et utilisateurs, le web 2.0 permet depuis 2004 aux internautes ayant peu de connaissances techniques de s’approprier les nouvelles fonctionnalités du web et ainsi d’interagir de façon simple à la fois avec le contenu et la structure des pages et aussi entre eux, créant ainsi notamment le web social extrait de la définition du web 2.0 sur Wikipédia.

L’une des déclinaisons du web 2.0 est le Do It Yourself (Faisons-le nous même en français), qui désigne des activités visant à créer des objets de la vie courante, des objets technologiques, ou des objets artistiques. Cette culture du faire, écrit Hubert Guillaud dans son article Nous sommes tous des hackers ! "se constitue à la frontière du bidouillage et de la personnalisation des produits que chacun acquiert." Elle est donc accessible à tous, et à peu de frais.

La transformation du monde physique par le numérique

Concrètement, on trouve cette culture du faire dans des lieux de fabrication numérique, ateliers pourvus d’ordinateurs sur lesquels on on peut concevoir des objets en trois dimensions, que l’on produit ensuite , à l’aide d’imprimantes 3d.

Ces lieux permettent ainsi de réaliser tous types de prototypes, allant de la simple poignée de porte aux objets connectés et intelligents.
On distingue plusieurs familles de lieux de fabrication personnelle et numérique : FabLabs, HackerSpaces, TechShops, (etc…), chacun ayant ses propres publics d’utilisateurs, des machines spécifiques correspondant à tel ou tel type de production.

Rendre intelligible les lieux de création numériques et personnels

Lors de la Matinale Fing du mois de septembre, Jean Michel Cornu, directeur scientifique, décrivait ses récents voyages d’étude sur la fabrication numérique, l’un au MIT (Massachussetts Institute of technology) et l’autre au Fab6 à Amsterdam

Quelque chose se passe du côté de la fabrication personnelle from videosfing on Vimeo.


(Consultez ici sa présentation multimédia sur la fabrication numérique)

Il compare notamment tout ce qui sort de ces endroits avec les Useless pages (pages sans intérêt) des débuts de l’Internet : Un pour mille servait à quelque chose (principe de l’innovation par hasard), c’est la même chose pour la fabrication personnelle.

Le FabLab, où comment construire presque tout

De tous ces lieux, le FabLab est le plus emblématique. Abréviation de Fabrication Laboratory, c’est une plate-forme de prototypage rapide d’objets physiques, "intelligents" ou non. Il s’adresse aux entrepreneurs qui veulent passer plus vite du concept au prototype ; aux designers et aux artistes ; aux étudiants désireux d’expérimenter et d’enrichir leurs connaissances pratiques en électronique, en CFAO (conception et fabrication assistée par ordinateur), en design ; aux bricoleurs du XXIe siècle…

Les premiers FabLab qui ont été mis en place par Neil Gershenfeld (de la MIT) ont fait emmerger des projets concrets et répondant aux besoins des populations locales : objets-design connectés à Boston, pompes à eaux au Ghana, outils de vérification de la qualité du lait en Inde, puces RFID fixés sur les colliers des rênnes en Finlande, etc…

Le concept de FabLab s’inscrit désormais dans un réseau mondial, institution disposant d’une licence d’utilisation, d’une charte, d’une Fondation, et même d’une Fab Academy où l’on y apprend les modèles économiques, l’animation de ces nouveaux lieux…
Ces aspects à priori contraignants, s’avèrent en réalité nécessaires pour ne pas galvauder le concept même.

Pour être un Fablab, il faut :

 » Visionnez la présentation des FabLabs par Jean-Michel Cornu
La Fing s’est donnée pour but d’en faciliter essaimage en France, dans le cadre de son projet FabLab Squared, voire le projet ici.

Comment devenir un lieu de fabrication numérique et personnelle ?

Il existe trois types de FabLabs

Un FabLab complet coûte 10 000 euros aujourd’hui (20 000 il y a six mois).
 » Visionnez la typologie des FabLabs, expliqué par Jean-Michel Cornu
On recense actuellement 45 FabLab dans le monde, et les créations s’accroissent exponentiellement.
la France, restée à la traine en matière de Do it yourself et de prototypage personnel, enregistre son premier FabLab à Toulouse, ouvert en août dernier !


Un premier FabLab en France

Nicolas Lassabe et Lionel Dessirieix, d’Artilect (plateforme d’innovation technologique à Toulouse, a monté le premier FabLab français en Haute Garonne, en 2010.
Chercheur en informatique et robotique, il ne trouvait pas de lieux "où l’on pouvait fabriquer des choses" sur son territoire. Il a donc profité de son réseau universitaire pour occuper une salle gratuitement dans les locaux de l’Université des Sciences Sociales de Toulouse (UT1).
Dans un premier temps, l’association Artilect y a organisé des conférences pour rendre compte de ce qui se passait dans les laboratoires de recherche, ainsi que des ateliers de formation sur le numérique (Arduino, oeuvres interactives, etc…), pour se financer.
Actuellement, le FabLab d’Artilect, disposant d’une fraiseuse numérique 4-axes et d’une imprimante 3D participe à des projet scientifiques et culturels en prototypant des objets.
Ce modèle fonctionne, " il y a une bonne interaction avec les laboratoires pour fabriquer rapidement, en petite quantité, et à moindre coût", explique Nicolas Lassabe.
L’objectif de l’association est de réunir des personnes venant de milieux différents : étudiants, artistes, hackers, chercheurs, architectes, designers, ainsi que des porteurs de projets venant prototyper leurs propres objets.

Du 1er au 16 octobre 2010, Artilect organisait à Toulouse l’exposition interactive "Out of Memory". Cet événement culturel et très "Do it yourself" proposait au visiteur de laisser une trace de son passage, construisant ainsi une œuvre éphémère à l’aide d’une "table sensible", d’une caméra, et d’une fraiseuse…  » Plus d’information sur cette performance sur le site d’Artilect.

La fabrication numérique en Europe

Alice Zagury et Nirina Thibault, de YGAW (Young Generation Around the World) ont parcouru l’Europe cet été pour voir ce qui se passe de "bizarre", notamment dans les cultures hybrides entre art et technologie.
Caméras aux poings, avec un tout petit budget, mais avec audace, débrouillardise, et une grande dose d’humour, elles nous font découvrir ces vrais lieux de fabrication numériques, certains underground, d’autres ayant pignon sur rue.

Ygaw
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Worm : l’art contemporain qui marche

Lors de la Matinale, elles nous ont présenté leurs coups de cœurs, comme Worm, à Rotterdam, un lieu géré par un collectif d’artistes qui proposent des innovations culturelles et technologique, avec pour valeur la philosophie du libre.
Worm a nottament produit la célèbre suicide machine, permettant de tuer vos avatars sur les réseaux sociaux…
Côté organisation, tout le collectif, du directeur au chef de projet, perçoit le même salaire/horaire.
Worm est une fondation financée par l’Etat qui génère ses propres revenus sur la billetterie de ses événements. En 2008, le rapport annuel indique que, pour un budget de fonctionnement annuel de moins de 800K euros, l’aide publique s’élève à 65%. Un chiffre en baisse (75% en 2007), témoignant d’une aspiration à l’indépendance financière.
 » Lisez l’excellent article de Nirina Thibault sur Worm

C-Base, Hackerspace des hackerspaces

Nirina et Alice ont ensuite visité C-Base, figure emblématique de l’innovation berlinoise.
C-Base était à l’origine une station spatiale, crashée au centre de Berlin il y a plusieurs milliards d’années, qui fut découverte en 1995 par ses occupants – fondateurs. Gravée sur son flan : “Be Future Compatible”, une étude au carbone 14 aurait révélé que la station aurait près de 4,5 milliards d’années.
Désormais occupée par C-Base, association à but non lucratif rassemblant près de 300 membres issus des communautés de développeurs, hackers, férus de science fiction, et ayant pour mission d’améliorer la connaissance des logiciels, la station est toujours “under construction”.
 » Pour en savoir plus sur C-Base, rendez-vous sur le blog de YGAW

Le Futur de la fabrication numérique

A l’image des exemples illustrés lors de cette Matinale Fing, les lieux de fabrication numérique fleurissent partout.
Cette explosion n’arrive pas aujourd’hui, comme ça, par hasard : on comprend que les communautés d’utilisateurs existaient avant la formalisation des lieux en soi, et les besoins (personnels ou non) en terme de fabrication numérique étaient pré-existants.
Côté technologie, la conception et fabrication assistée par ordinateur existe depuis les années 70, il s’agit actuellement d’un secteur en pointe des nouvelles technologies.
La baisse des coûts de matériels induit la démocratisation de cette innovation, permettant désormais de monter son lieu de fabrication numérique à moindre coût.
La fabrication personnelle et numérique s’incarne dans le futur de l’innovation, et par conséquent, fera partie de notre quotidien : comme on prévoyait "un micro-ordinateur sur chaque bureau" dans les années 80, on peut envisager "un mini FabLab sur chaque bureau" dans les prochaines décennies.
Pour cela, il faudra trouver des modèles économiques qui fonctionnent, des façons de s’organiser de façon plus collaborative, avec davantage de confiance…
Il faudra également trouver des représentations synthétiques et intelligibles pour raconter cette révolution du Faire.
Une représentation existe déjà dans la littérature française , puisque Michel Houellebeck évoque dans son dernier roman La carte et le territoire, la France des années 2050 pourvue de millions de mini FabLabs personnels !

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