Présentation

A l’intersection des innovations techniques, des mutations économiques et des transformations sociales, quelles sont les grandes « Questions Numériques » qui marqueront les années à venir ?

Chaque année, la Fing réunit une centaine de personnes, pas toujours les mêmes, pour répondre à cette question. Elles viennent de grands groupes et de startups, d’institutions publiques et d’associations, sont chercheurs, entrepreneurs, créateurs, spécialistes ou non du numérique…

Leur but : anticiper ensemble les transformations, les basculements, les ruptures possibles, qu’on n’a plus le droit d’ignorer. Les écrire, les discuter, s’y projeter, pour se mettre en posture d’agir sur l’avenir.

Partagez avec nous le produit de cet exercice annuel de prospective créative unique en France.

Tensions et ruptures

Après avoir travaillé en 2010 sur les « tensions », nous avons choisi en 2011 de nous intéresser aux « ruptures » : quelles discontinuités, quelles bifurcations, quels basculements… pourraient-ils venir changer la donne dans un secteur, pour une catégorie d’acteurs, sur un marché ou pour tout le monde ? Comment anticiper ces ruptures et leurs conséquences ? Comment en faire des opportunités ?

En préparation, la Fing a produit 19 scénarios de rupture, que vous retrouverez tous dans cette publication.

Le 19 octobre 2011, dans la Salle des textiles du Cnam à Paris, 100 participants venus de tous horizons ont pris connaissance de ces scénarios. Ils en ont retenu 7, qu’ils ont développés, retravaillés, débattus. L’objectif : se contraindre à imaginer ensemble des futurs différents, mais plausibles. Des futurs possibles qu’on n’a plus le droit d’ignorer.

L’équipe de la Fing a ensuite mise en forme et consolidé ce très riche matériau. Vous en tenez le résultat en mains.

Crise ou nouveau départ ?

La crise économique et écologique joue un rôle central dans la majeure partie des scénarios. Elle force à revisiter nos scénarios d’avenir : il va falloir faire des choix, prévoir sous contrainte financière, faire flèche de tout bois. Nul ne semble douter que le paysage économique et social d’après-crise diffèrera profondément de celui du début des années 2000.

Une nouvelle exigence vis-à-vis des technologies

Ça commence par une désillusion : le numérique, dont on attendait tant, ne nous a pas immunisés contre les crises. Il n’a pas non plus produit un modèle de croissance plus vertueux, d’un point de vue écologique ou social. Certains disent même : au contraire !

En résulte, d’abord, la montée d’une exigence critique. L’enthousiasme partagé vis-à-vis du numérique a masqué ses nombreux dysfonctionnements, ses effets parfois nuisibles. On prend conscience des « embarras numériques », du temps que chacun passe à gérer ses appareils, logiciels et contenus, et de l’incroyable légèreté des industriels vis-à-vis de ces coûts invisibles. On cherche à se libérer d’un excès de dépendance vis-à-vis des réseaux et des services numériques et, ce faisant, on regarde la perspective du cloud computing d’un oeil plus suspicieux. On tire un bilan mitigé du développement des pratiques numériques dans le travail : et s’il fallait casser la tendance à l’accélération qui produit stress, disqualité et court-termisme ? Et si les salariés, organisés via les réseaux sociaux, en venaient à renverser un management qui leur demande tout et son contraire ? Du coup, les ruptures d’origine technologique n’ont pas rencontré le même intérêt que les autres. Pourtant, les perspectives et les questions qu’ouvrent le développement fulgurant de l’usage des neurosciences, ou l’augmentation technique des capacités physiques et mentales des humains, sont vastes. Mais cette année, les participants ont préféré débattre d’économie et de société.

L’innovation « indignée »

La dureté et la durée de la crise, ainsi que notre incapacité collective à produire une croissance moins destructrice de l’environnement et des hommes, remettent en cause le coeur de notre modèle de développement fondé sur la consommation, la croissance, la vitesse. Un peu partout dans le monde (sauf dans la patrie de Stéphane Hessel), les « indignés » s’imposent dans l’espace public. Mais il y a aussi des innovateurs indignés, qui expérimentent des nouveaux modèles parce qu’ils sont convaincus que les anciens sont néfastes. Pour réduire la « base matérielle » de la croissance, inventons des modèles économiques fondés sur l’usufruit plutôt que la propriété, sur le partage plutôt que la possession. Imaginons une réindustrialisation de proximité, avec des produits plus durables, réparables, bricolables, recyclables. Appuyons-nous sur la capacité contributive des gens, mais à condition d’en partager avec eux le produit…

Cette innovation « indignée » souligne les limites des politiques en « e », e-éducation, e-santé, e-administration, ou encore des « smart » cities, grids, etc. Il ne suffit pas d’appliquer des technologies aux modèles existants pour les rendre vertueux, il faut changer de modèles. Saurait-on casser l’unité de temps, de lieu et d’action qui caractérise l’éducation, sans pour autant la rendre encore plus inégalitaire qu’aujourd’hui ? Saurions-nous prendre en compte la participation active des patients à des réseaux d’échange d’information et d’entraide dans le calcul de leurs droits sociaux ? à l’inverse, si nous ne faisons rien, vivrons-nous demain dans des villes spécialisées, « sérénité », « culture » ou « nature », que nous aurons sélectionnées sur le web en lisant leurs Conditions Générales de Ville (CGV) ?

L’empowerment, puissance et fragilité

Le numérique redistribue de l’information et du pouvoir. Il le fait en particulier au bénéfice des individus, encore que ça n’ait rien d’automatique  : les exemples abondent, où l’informatisation bénéfice d’abord aux pouvoirs (économiques et politiques) en place, ou encore au management des entreprises plutôt qu’à leurs collaborateurs. Mais cette asymétrie paraît de moins en moins acceptable. Que se passerait-il, alors, si les entreprises et les administrations se mettaient à partager avec les individus les informations dont elles disposent sur eux, pour qu’ils en fassent ce qu’ils veulent ? Et si un nombre croissant de salariés préféraient choisir leur rythme de travail et cumuler plusieurs activités, plutôt que de remettre les clés de leur destin à un seul employeur ?

L’empowerment des individus déborde du lit du numérique. Avec son aide, l’« économie de la contribution » concerne aujourd’hui la conception et la production d’objets, d’espaces, de services collectifs. Jusqu’où ? Quels secteurs connaîtront-ils demain des mutations aussi radicales que celles que subissent aujourd’hui les médias ou les industries culturelles ? Mais en même temps, qui bénéficie vraiment de cette nouvelle distribution des pouvoirs ? Pour recevoir un pouvoir, il faut y être apte ; sinon, on ne fait qu’y perdre les protections que garantissaient les anciennes formes de domination.

Tels sont en quelques mots les traits dominants qui se dégagent des « Questions numériques » élaborées de manière collective en cette fin d’année 2011. Ces questions, où que vous soyez, vous devriez vous les poser et les traduire en actes : Si cela arrivait vraiment, qu’est-ce que cela signifierait pour mon organisation ? Comment l’anticiper et en tirer profit ? Comment accélérer le mouvement ou au contraire, le contrecarrer ? Nous espérons que ce Cahier d’enjeux sera pour vous un outil pour anticiper les transformations à venir.

Questions Numériques 2012-2013

A l’intersection des innovations techniques, des mutations économiques et des transformations sociales, quelles sont les grandes « Questions Numériques » qui marqueront les années à venir ?

Chaque année, la Fing réunit une centaine de personnes, pas toujours les mêmes, pour répondre à cette question. Elles viennent de grands groupes et de startups, d’institutions publiques et d’associations, sont chercheurs, entrepreneurs, créateurs, spécialistes ou non du numérique…

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