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Les autres ruptures

Douze autres ruptures possibles à explorer … à vous de jouer !

NEURO.INC : QUAND LES MECANISMES CéRéBRAUX DEVIENNENT ACCESSIBLES AUX ENTREPRISES ET AUX INSTITUTIONS

2012
L’électro-encéphalogramme (EEG ) devient grand public : les sociétés Neurosky et Epoc sortent des versions améliorées, à prix bas, de leurs EEG ludiques.

2013
Les affiches intelligentes, capables de « scanner » l’attention de ceux qui les regardent, se multiplient.

2025
Certains suggèrent que les techniques de contrôle des réactions physiologiques et neurales devraient être enseignées dès le plus jeune âge pour échapper aux neuromarketeurs et autres « spin doctors ».

Face à l’incapacité des théories économiques existantes à répondre aux crises financière et écologique, les théories comportementales apparaissent aux yeux de nombreux décideurs comme une nouvelle piste à explorer. Le consommateur n’est plus considéré comme un acteur rationnel cherchant à optimiser ses choix, mais comme un animal mu par ses désirs, ses peurs et ses biais cognitifs. A la suite de Barack Obama et David Cameron, tous deux inspirés par Richard Thaler et Cass Sunstein, les Etats recourent de plus en plus à ces techniques pour pousser le citoyen à agir dans le « bon sens », le plus souvent inconsciemment.

A gauche comme chez les néo-libéraux et les libertariens, on crie au contrôle mental, à la fin des Lumières comme du libre arbitre. Mais la publicité a créé un précédent et ces oppositions ne pèsent pas lourd face aux « neuro-solutions » qui proposent des réponses rapides à toutes sortes de problèmes : soutien de la consommation, civisme, sécurité routière, lutte contre la violence, changement des comportements dans un sens « écologiquement responsable »… De leur côté, les entreprises commencent à embaucher sur consultation des scans cérébraux des postulants.

En réponse, bon nombre de citoyens cherchent à contrer l’influence croissante des tests cérébraux et du neuromarketing en apprenant à contrôler leurs réflexes physiologiques et leurs mécanismes cérébraux : dispositifs d’interface cerveau-machine à l’origine conçus pour des jeux, systèmes de filtrage et leurres cognitifs, auto-hypnose, etc.

DES PLACES TAHRIR DANS LES ENTREPRISES

2013
SudLeaks hacke les conseils d’administrations.

2014
Le management de la multinationale Axum tombe suite à une révolte des salariés. Ses concurrents en profitent, avant de subir la même chose.

2015
« Grenelle » mondial des entreprises. Un fragile accord est trouvé pour réduire le pouvoir des actionnaires.

2020
Le multi-entreprenariat s’est largement répandu, et devient un moteur essentiel de la croissance.

A peine sorties de la tourmente économique des années 2008-2012, les entreprises font face à une nouvelle crise – interne, cette fois.

Les salariés ont payé un lourd tribut à la crise  : dégraissages, salaires bloqués, retour d’un management autoritaire, tyrannie de l’urgence et focalisation sur le court terme. Le sens de leur métier leur échappe. Ils ont souvent le sentiment de mal servir leurs clients. Équipés de tous les outils électroniques possibles, ils se sentent invités à s’impliquer toujours plus, avec toujours moins d’autonomie pour le faire.

Et ils s’en parlent. Ils font fuiter l’information interne quand elle les choque. Dans les forums de discussion, ils publient, ils dénoncent. Leurs cibles : le management qui ne prend pas sa part des sacrifices, et le pouvoir anonyme des actionnaires, qui absorbent en dividendes l’essentiel de leurs efforts tout en paraissant se moquer de leur culture d’entreprise. Les secrets deviennent publics, le management perd son emprise.

Par l’intermédiaire des réseaux sociaux, la révolte devient révolution. Au terme d’une série d’opérations « coup de poing », les salariés d’une première entreprise renversent leur équipe de direction. Ceux d’une autre obtiennent des actionnaires majoritaires un pacte dans lequel ils s’engagent à contribuer au développement de long terme de l’entreprise. Chaque succès étend la contagion.

A partir de 2014, malgré un chômage élevé, de nombreux salariés quittent leur entreprise, forts des réseaux informels qu’ils ont tissés auprès de clients et de partenaires. Ils organisent leur activité en réseaux, auprès de plusieurs clients et employeurs. Plusieurs dispositifs les y aident comme le « wiki des compétences » ou des plates-formes de collaboration. Un nouveau contrat de travail se répand rapidement : le multi-entreprenariat. Il devient de plus en plus difficile pour les entreprises d’attirer et de fidéliser des salariés à plein temps.

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LA TENTE QUECHUA DU TRAVAILLEUR

2012
à cause de la pression foncière, la distance moyenne domicile-travail autour des agglomérations françaises franchit le seuil des 50 km.

2014
Les transports impossibles, le litre d’essence à 3 euros, la pénurie d’argent public éloignent toute perspective de désengorgement du RER et des TER , dont les tarifs augmentent.

2015
Prenant acte de l’explosion des situations de travail nomade, le droit du travail européen supprime la référence au « lieu de travail ».

Avril 2012 : l’esplanade de la Défense se réveille avec, au pied des principales tours de bureaux, une dizaine de tentes, dont les habitants ne sont autres que des employés de ces bureaux. En quelques semaines, cette pratique fait boule de neige. Les pouvoirs publics, qui ont d’abord choisi d’ignorer le phénomène pour ne pas lui donner trop d’importance, convoquent les principaux employeurs concernés pour leur demander d’intervenir auprès de leurs salariés. Embarras.

Confrontés à l’engorgement durable du RER, au renchérissement du carburant, à la rigueur salariale et à la pression foncière qui les a inexorablement éloignés, les employés expliquent n’avoir pas d’autre choix que de se rapprocher radicalement de leur lieu de travail. Moins coûteuse, cette solution est aussi beaucoup moins fatigante pour eux (plus de 2h30 gagnées par jour) et bien pratique pour le management. D’autant que, malgré les grands discours, le télétravail continue de se heurter à la résistance de la majorité des employeurs comme des employés.

Deux profils de travailleurs émergent.

Les « travailhabitants » des villes choisissent, au moins quelques jours par semaine, des solutions précaires de logement à proximité immédiate de leur travail, poussant Quechua à augmenter sa gamme avec des yourtes du plus bel effet, et ouvrant un nouveau marché au camping car. Les solutions trouvées, sauvages dans un premier temps, sont peu à peu négociées avec les employeurs qui consentent à l’amélioration des douches et vestiaires de leurs bureaux. Les aménageurs installent prises électriques, Wi-Fi et vidéosurveillance dans les espaces occupés par les tentes. Les travailhabitants utilisent également les réseaux télécoms des entreprises pour leurs usages privés, contraignant les responsables informatiques à une violente régulation des accès.

De leur côté, les « habitravailleurs » des champs parviennent, la plupart du temps, à ne pas se déplacer pour travailler, se détachant peu à peu du corps social de l’entreprise. Sur leur CV, ils indiquent désormais qu’ils disposent d’un équipement professionnel connecté à domicile (ils en précisent le débit, la qualité, la sécurité). Loin de se limiter aux cols blancs, cette situation concerne de plus en plus d’employés et même d’ouvriers. Les uns et les autres ont essayé toutes sortes de transports intelligents, collectifs, mutualisés. Ils y ont renoncé, les jugeant trop contraignantes.

APRÈS LA CHUTE DES RÉSEAUX

2012
Cyber-attaques ciblées des Anonymous contre des entreprises privées, des bourses et des États.

2013
200 villes européennes sans électricité la nuit de Noël, parmi lesquelles plusieurs pionnières des « smart grids ».

2017
La Fédération européenne des fournisseurs d’accès internet locaux enregistre son 100 000e membre.

2020
Le GIC (groupe d’intérêt commun) de Nantes gagne son procès contre ERDF, qui avait mis brutalement fin à la location des tuyaux nécessaires au fonctionnement de son « internet de l’électricité ».

21 décembre 2012 : la fin du monde n’a pas eu lieu, malgré la menace du groupe Anonymous de paralyser les grandes places financières mondiales. Cette journée devait être le point d’orgue de la vague de cyber-attaques qui paralysent les unes après les autres, chaque fois sur une journée, les grandes entreprises mondiales que le groupe militant considère comme responsables de la crise financière. Les Anonymous ont-ils renoncé ou échoué ? Toujours est-il que la planète a pris conscience de la vulnérabilité des réseaux dont elle est dépendante.

Les Anonymous n’ont rien à voir avec les coupures électriques qui se multiplient dans plusieurs pays d’Europe. Censées à la fois améliorer la gestion du réseau électrique, réguler la consommation, intégrer les sources d’énergie alternatives et faciliter la concurrence, les « smart grids » sombrent sous le poids de leur complexité. Et les conflits d’intérêts entre gestionnaires d’infrastructures, distributeurs concurrents, clients industriels et particuliers, petits producteurs d’énergie, n’arrangent rien.

Trop d’intelligence tue-t-elle les réseaux intelligents ? C’est ce que pensent les multiples fournisseurs d’accès internet locaux qui fleurissent à mesure que les grands opérateurs complexifient leur offre – leur valant des cyber-attaques dévastatrices de la part des militants de la « neutralité du Net ». Leurs concurrents locaux reviennent, eux, aux sources d’un internet simple, basique, où tout le monde partage la bande passante de manière quasiment égalitaire.

L’énergie suit : plutôt que de s’en remettre aux méga-réseaux, plusieurs territoires aident leurs entreprises, leurs immeubles, leurs quartiers, à s’organiser en réseaux aussi autonomes que possibles, produisant et stockant l’énergie au plus près de la consommation, échangeant d’abord en proximité avant d’alimenter ou de solliciter les réseaux étendus. Une forme d’« internet de l’énergie » est en marche. Dans bien d’autres domaines (la mobilité, la distribution alimentaire, la logistique…), les acteurs locaux, les entreprises, les individus, tentent de s’organiser pour devenir plus autonomes vis-à-vis des grands réseaux, tout en y restant connectés.

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DU CALME !

2011
La Post-It War éclabousse toutes les fenêtres de la Défense et d’Issy-les-Moulineaux.

2012
Vague massive de dépressions au sein des grandes entreprises. Les employeurs testent toutes sortes de réponses.

2013
Gouvernement et partenaires sociaux entament des négociations sur la vitesse et l’infobésité.

2014
Les fournisseurs de logiciels d’entreprise créent un label « C ool Tech » pour distinguer les efforts en faveur d’une plus grande maîtrise du temps et de la vitesse.

Tout est parti de la Post-I t War d’août 2011 à La Défense. Stupeur : comment ces brillants cerveaux embauchés à prix d’or par les plus grandes entreprises françaises pouvaient-ils consacrer leur temps à décorer leurs fenêtres d’images de Pacman et autres Mario Bros dessinées à l’aide de Post-I-Its, pour ensuite s’en vanter sur les réseaux sociaux ? Les principaux think tanks patronaux cherchent à comprendre. Leur conclusion : le travail est devenu un jeu vidéo. Le temps professionnel passé à interagir sur les réseaux sociaux représente parfois le tiers de la journée. S’y ajoutent les mails, les appels téléphoniques, les SMS, les messages instantanés, le tout à n’importe quelle heure… Bref, le cadre d’aujourd’hui court partout, répond à tout, renvoie la balle à d’autres cadres surmenés, ne sait plus pourquoi il travaille. Et sa manière de réagir à cette pression qui lui arrive de sa hiérarchie comme de ses clients, c’est de dessiner des Pacman en Post-I ts… La BankX6, foyer originel de la Post-I t War réagit d’abord de manière abrupte : elle décide de contrôler sévèrement l’usage des réseaux sociaux, avec des quotas de connexions par jour.

Inévitablement, la rébellion s’organise. Les blocages ne résistent pas bien longtemps. BankX6 en tire les leçons et change d’attitude : elle lance les « happy hours@work », plages de temps négociées et dédiées aux interactions sociales numériques. à d’autres heures, tournantes pour que l’entreprise reste en prise avec les marchés, les ordinateurs doivent être éteints, ou encore les réunions sont interdites. Cette démarche produit des résultats spectaculaires. Des projets arrêtés progressent de nouveau. Des idées neuves naissent. Des voisins de bureau découvrent qu’ils ont des choses à se dire. Il fait meilleur travailler à BankX6, et la productivité s’en ressent.

L’AURORE DES CONTRIBUTEURS

2012
Début de la crise de « l’économie de l’attention ».

2013
Facebook met en place un abonnement premium pour les membres disposant de plus de 100 amis.

2014
Etsy entre au NASDAQ.

2015
Le prix Nobel de physique et décerné au « public » pour sa contribution à la compréhension du Boson de Higgs.

2016
40% du CA d’Ikea provient de la vente de fichiers et de matériaux bruts.

En 2012, pour la première fois de son existence, le chiffre d’affaires de Google se contracte de 1%. La crise économique y est certes pour quelque chose, mais d’autre signes laissent penser que « l’économie de l’attention » entre elle-même en crise : baisse spectaculaire du taux de clic sur les pubs et les liens sponsorisés, succès des « ad blockers », vigilance croissante des utilisateurs vis-à-vis de leurs données personnelles… Le « tout gratuit » a du plomb dans l’aile, et les services payants ne décollent toujours pas.

Dans le même temps, les utilisateurs contribuent toujours plus aux contenus et services du web – des vidéos personnelles au partage de contenus éducatifs, en passant par l’enrichissement des cartes de son territoire. Et cette « contribution » déborde de l’écran : les co-voitureurs ou les aidants volontaires coproduisent des services, le site Etsy vend des produits « faits à la maison » de plus en plus professionnels, les fab labs se multiplient et deviennent des mini-ateliers locaux… De nombreux citoyens sont salariés la journée et « néo-artisans » le soir.

Alors les entreprises s’adaptent. Au lieu de les faire payer, Google propose aux utilisateurs de Gmail de contribuer : partager les capacités de leurs ordinateurs pour alléger ses fermes de serveur, prendre des photos pour enrichir StreetView, tester des services, aider les nouveaux utilisateurs… Dans le monde physique le modèle « Tupperware » revient au goût du jour et Ikea vend des plans de meubles à personnaliser ainsi que les matériaux bruts pour les fabriquer soi-même en atelier.

Les industriels apprennent vite à bénéficier de cette nouvelle économie de la contribution. En revanche, si une majorité des citoyens s’y est convertie, une nouvelle fracture apparait entre ceux qui peuvent contribuer (en apportant du temps, du savoir-faire ou des ressources) et le reste de la population.

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GÉNÉRATIONS « CHACUN POUR SOI »

2012
Les 18-25 ans quittent massivement Facebook et reconstruisent leurs liens ailleurs, sur des espaces fragmentés mais dédiés.

2014
Le mouvement « Design for me », qui appelait à différencier les interfaces pour rendre possible les mêmes usages entre générations, produit l’effet inverse. L’outil a induit des usages spécifiques qui deviennent de véritables marqueurs identitaires générationnels.

2017
Les entreprises réorganisent leurs espaces et leur management, leurs critères d’évaluation sont pondérés en fonction de l’âge et de la génération.

Début 2014, la tour que livre Jean Nouvel à la multinationale Babel, à La Défense, propose une organisation inédite : chaque bloc de 4 étages est alloué à une génération, selon sa date de naissance : « 1949-1959 » en haut, puis « 1969-1979 », puis « 1989 et plus », et ainsi de suite. Chaque bloc est organisé et équipé d’une manière spécifique. Entre chaque bloc, un étage « intergénérationnel », celui où l’on trouve les salles de réunion, les espaces de détente, la cafétéria…

Babel et Jean Nouvel ont pris ce parti à contrecœur, mais instruits par l’expérience. Il faut se rendre à l’évidence : chaque génération a désormais ses propres cultures, technologies, méthodes, esthétique, services, communautés…

De la consommation aux sociabilités quotidiennes, même en famille, en passant par les manières d’apprendre et de travailler, il n’existe presque plus aucune référence commune.

Sur le marché du travail, le « CV PDF » des vieux côtoie la qualité des recommandations en ligne par des pairs et l’obfuscation de certaines informations plus gênantes. à la maison, si certains moments communs tels que les repas demeurent, la plupart volent en éclat devant les pratiques individuelles, les outils de synchronisation se trouvant priés d’organiser la continuité.

Dans l’entreprise, on répartit aussi les responsabilités par génération : celles qui nécessitent d’être multitâches, celles qui ont besoin d’une énergie concentrée autour d’un projet, celles qui nécessitent de penser à long terme…

C’est la société toute entière qui fonctionne à plusieurs vitesses. Même les grands réseaux sociaux en ligne se fragmentent, la « portabilité » des données facilitant toutefois l’interaction entre les uns et les autres.

En revanche, c’est dans l’échange entre les générations que l’on va chercher les idées neuves, ou encore, les valeurs les plus essentielles. En admettant la scission des générations, aurait-on finalement enrichi leur interaction ?

"CHEZ NOUS, VOUS NE PARLEZ PAS A UN ORDINATEUR ORDINATEUR"

2012
« Marre d’être un numéro » : le manifeste d’un blogueur inconnu crée un buzz massif.

2014
YellowTelecom, l’entreprise où l’on ne parle jamais à un ordinateur, devient un cas étudié dans les plus grandes écoles de gestion.

2018
Généralisation de l’IPQ (Indicateur de performance qualitatif), permettant d’évaluer la qualité des relations entre les clients et les différents collaborateurs des entreprises.

« Chez nous, vous ne parlez jamais à un ordinateur ! » Ce slogan du nouvel opérateur YellowTelecom a d’abord fait sourire – avant de faire rire « jaune », quand des retours clients dithyrambiques ont fait bondir les parts de marché du nouvel entrant. Fatigués d’être traités comme du bétail par des services clients toujours plus inhumains et frustrants, des centaines de milliers de consommateurs basculent vers YellowTelecom.

Mais comment font-ils pour comprimer les prix sans dégrader le service ? Ils s’appuient sur les réseaux. Les outils de « self-help », très nombreux, sont reliés aux forums clients : les clients sont invités à obtenir leur réponse auprès d’autres clients, et à partager les solutions qu’ils ont trouvées. Les plus actifs reçoivent un statut d’expert et bénéficient d’avantages significatifs. En ligne, des conseillers interviennent dans ces conversations. Ils sont également présents sur les réseaux sociaux où ils servent en même temps plusieurs dizaines de clients, partagent leurs réponses avec eux, voire les invitent à les construire ensemble. Disposant d’une réelle autonomie de décision, ils peuvent parfois même prendre des libertés avec les règles de l’entreprise. Au téléphone, même, les appelants entrent le plus souvent en téléconférence, qui réunit plusieurs consommateurs faisant face à des problèmes similaires, autour d’un conseiller.

Les collaborateurs sont encouragés à s’exprimer sur des forums, dans des blogs, avec un contrôle minimal. Les indicateurs de performance individuelle prennent en compte cet engagement dans la relation client. Au quotidien, ce n’est pas toujours facile : travailler chez YellowTelecom est excitant, mais épuisant et assez mal payé. Combien de temps avant que les conseillers partagent aussi cette information avec leurs clients ?

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LE GREEN IT EST MORT, VIVE LE GREEN IT ?

2012
L’UICN (ONU - Environnement) lance un signal d’alarme : le numérique consomme toujours plus de ressources rares et d’énergie.

2013
Généralisation des compteurs intelligents – et premiers doutes sur leurs réels effets sur l’environnement.

2014
Nombreux incendies criminels de grandes fermes de serveurs aux USA et en Europe.

Le Green IT n’a plus la cote : les agences d’évaluation revoient leurs critères, les pouvoirs publics remettent en cause leurs efforts, les associations de consommateurs et la presse tirent à boulets rouges sur tout effet d’annonce.

Le Green IT a pourtant contribué à relancer l’innovation numérique. Les nouveaux ordinateurs contiennent moins de matériaux polluants ; mais l’incitation au rééquipement a peuplé les cimetières de matériels obsolètes. Le cloud computing a favorisé la dématérialisation ; mais la consommation énergétique de l’internet représente 6 fois celle du transport aérien. Les compteurs intelligents, les capteurs, les transports « souples » ont permis à chacun de réduire sa consommation ; mais l’effet rebond a joué à plein, et chacun consomme aussitôt autrement les économies réalisées. La dématérialisation a réduit l’expédition de courrier administratif et de documents ; mais les ventes d’imprimantes et de consommables se portent mieux que jamais…

Bref, le bilan carbone du Green IT s’avère désastreux dans la plupart des domaines. Mais tout le monde n’en tire pas les mêmes conclusions. Les écologistes se trouvent confortés dans leur conviction que, même verte, la croissance est le problème. Des mouvements néo-luddites, technophobes, prennent de l’ampleur. Tandis que les industriels dénoncent une réglementation tatillonne et inefficace qui les empêche d’innover.

Pour essayer de mettre tout le monde d’accord, de nouveaux modèles émergent, fortement localisés et reposant sur les circuits courts, le peer to peer et le partage de ressources. Le Green IT « 2.0 » prend en considération la rareté des ressources énergétiques, des matériaux, et les changements radicaux de nos déplacements comme de la logistique. Le « cloud » se décentralise et s’adosse à des boucles de réseaux locales. Le développement de l’énergie personnelle et du micro-stockage diminue la consommation électrique de l’informatique au domicile comme au bureau.

Globalement, le numérique se met au service d’un changement du système de production et de consommation, plutôt que d’optimisations techniques de la consommation et de la production à modèle constant.

SOCIAL NETWORKS ARE GOOD FOR YOUR HEALTH !

2012
Des joueurs du jeu FoldIt découvrent une protéine grâce à laquelle la recherche contre le Sida effectue une percée fondamentale.

2013
Le partage des données d’usagers équipés d’outils de « Quantification Personnelle » joue un rôle central dans le suivi de la propagation de la grippe F.

2015
Face à la prolifération des forums santé, la Sécurité Sociale crée un label de qualité et expérimente le remboursement de leur usage.

Extrait de la FAQ des CGR (Conditions Générales de Remboursement) de la Sécurité sociale, avril 2020. « Q : Pourquoi une partie des remboursements de l’assuré tient-elle compte de « l’implication de l’assuré » ? « R : L’une des priorités de la réforme de 2015 consistait à réduire la dépendance aux médicaments et à développer l’autonomie des malades. Plusieurs études scientifiques ont démontré que l’échange entre patients, dans des espaces labellisés, a des effets positifs sur la détection et la compréhension des pathologies, sur le bien-être, sur l’observance des prescriptions, et enfin, sur la production de connaissances scientifiques. Par conséquent, la Sécurité Sociale a décidé de faire dépendre en partie le taux de remboursement du degré d’implication de l’assuré dans les plates-formes d’échange entre patients. Le barème considère plusieurs niveaux d’implication : • La recherche d’information de 1er niveau, l’interrogation de pairs et de professionnels au sein des plates-formes d’échange labellisées. • La participation régulière à des groupes de patients, en ligne ou non, la contribution régulière aux forums. • La transmission anonyme de données médicales à des fins de recherche, soit de manière automatique, soit au travers d’enquêtes en ligne. • L’usage individuel ou partagé d’outils de « Quantification Personnelle » et l’observation de leurs prescriptions comportementales. • La participation active à la production d’études, à des activités de médiation et d’animation ou à des instances de concertation. »

Titre d’un eTract diffusé sur les réseaux sociaux, avril 2020 : « Halte au flicage des malades ! Laissez-nous guérir tranquilles ! »

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L’AUGMENTATION HUMAINE COMME NOUVELLE FRONTIERE

2013
L’exclusion d’un lycéen accusé d’avoir consommé du Modafinil pendant ses épreuves du Bac entraîne des manifestations de jeunes dans tout le pays.

2014
Une première génération de médicaments promet de faire gagner une ou deux décennies d’espérance de vie ! C’est du moins ce qu’affirment leur promoteurs, qui les ont uniquement testés sur des animaux.

2025
De nouvelles recherches établissent que la plupart des drogues d’amélioration cognitive inhibent la créativité. Plusieurs décès prématurés chez leurs usagers remettent en question l’effet des techniques de longévité.

Les recherches en neurochimie et biologie font apparaître une série de produits affirmant pouvoir améliorer la condition humaine de manière radicale, notamment dans les domaines de la longévité et de la performance intellectuelle.

L’usage des « drogues d’amélioration cognitive » s’accroît et la question de leur légalisation hors prescription médicale se pose de plus en plus.

Pour la longévité comme pour l’amélioration cognitive, gouvernements et populations craignent la naissance d’une « fracture neurochimique », séparant d’un côté des riches vivant longtemps et trustant toutes les compétences grâce à leur usage des smart drugs, et des pauvres à la vie courte et exclus de tous les postes intéressants. Pour être recruté par certaines entreprises, il faut fournir son ADN et accepter par écrit de consommer certaines substances.

Certains états régulent férocement, tandis que d’autres laissent faire le marché, ce qui, au final, aboutit au même résultat : la constitution de marchés noirs où ces produits, démarqués et à prix plus bas, s’échangent sur des sites internet confidentiels et se paient en monnaies alternatives de type Bitcoin.

Dans le même temps, on découvre que les augmentations cognitives sont parfois incompatibles entre elles. Des tribus cognitives, parfois en conflit, se constituent : des groupes hyperperformants, ne dormant jamais, à la créativité de plus en plus limitée, s’opposent à des populations de « drop outs » convertis au néo-chamanisme, rejetant à la fois le système scolaire et celui du travail, et pourtant très recherchés par des entreprises en panne d’innovation.

INTERNET, 1969-2013

2012
Dissolution de la FCC par la nouvelle administration républicaine.

2013
Apple lance une OPA amicale sur Verizon.

2015
Facebook signe des partenariats d’exclusivité avec un opérateur unique par continent.

2016
Google change sa devise « Don’t Be Evil » en « Be good to the Internet ». Premier noeud d’interconnexion européen « indépendant » entre fournisseursd’accès alternatifs.

La victoire du Tea Party à l’élection américaine de 2012, dont la dissolution du FCC (l’autorité de régulation des communications) est une des premières mesures, sonne le glas de la neutralité du réseau et ouvre la voie à une profonde restructuration du monde des télécommunications.

Les grands opérateurs s’allient avec les acteurs des contenus pour multiplier les services exclusifs. La sécurité des échanges et la gestion du trafic servent aussi de prétexte aux opérateurs pour faire le tri parmi les services et les usages en fonction de leur rentabilité. Le modèle des réseaux mobiles, maitrisé de bout en bout, devient la norme. En son sein, subsiste un internet ouvert, mais de plus en plus filtré, et aux performances en forte baisse.

Les innovateurs et les créateurs qui veulent rester indépendants se condamnent généralement à demeurer confidentiels, à la marge. Les autres doivent se plier aux contraintes des opérateurs et de quelques très grandes plates-formes : non concurrence avec les produits et services maison, ponction de 50% à 70% des revenus générés, exclusivité, contenus répondant à une charte sévère, etc.

Les victimes de cette situation ne restent pas inertes. Une alliance hétéroclite s’organise entre des fournisseurs d’accès « challengers », dont les moyens ne leur permettent pas de signer des accords avec les grands générateurs de trafic ; les collectivités territoriales, inquiètes de voir leurs entreprises marginalisées dans ce nouvel « internet » ; des réseaux d’entrepreneurs du Net ; des collectifs de hackers ; et des acteurs qui appuient leur modèle économique sur l’internet ouvert, tels que Google.

Les projets de WiFi alternatifs font le lien entre le premier kilomètre et les infrastructures publiques des collectivités. En France, le réseau Renater fusionne avec celui d’Illiad, devenant le backbone d’un « internet libre » proche de l’esprit des origines. Deux internets se concurrencent. Pour combien de temps ?

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Questions Numériques 2012-2013

A l’intersection des innovations techniques, des mutations économiques et des transformations sociales, quelles sont les grandes « Questions Numériques » qui marqueront les années à venir ?

Chaque année, la Fing réunit une centaine de personnes, pas toujours les mêmes, pour répondre à cette question. Elles viennent de grands groupes et de startups, d’institutions publiques et d’associations, sont chercheurs, entrepreneurs, créateurs, spécialistes ou non du numérique…

Partagez avec nous le produit de cet exercice annuel de prospective créative unique en France.

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