Données publiques, du concept à l'action

Dossier sur le partage des données, du concept qu’est le web² à la pratique : l’utilisation des données publiques pour faire émerger des services innovants.

Après l’avènement du web 2.0 par lequel le web social exploite l’intelligence collective des hommes, l’Internet grandit et se développe pour donner le web², qui exploitera l’intelligence collective par des capteurs et des données. Ainsi, la masse des données issues des bases de données, de sites web ou de capteurs "s’ouvriront" pour permettre à toutes sortes d’acteurs de les exploiter de manières nouvelles : les partager, les agréger, les croiser, les analyser, en extraire d’autre significations ou d’autres décisions, et pour générer des services encore inconnus …

Ce partage des données suscite quelques interrogations quant à la nature des données échangées, l’utilisation de données personnelles, ou leur degré de transparence. Cette Critique du web² fait l’objet d’une série d’articles publiés sur InternetActu.net, et d’une proposition de la Fing (en fin d’article).

Sommaire

Qu’est ce que le Web² ?

Cinq ans après avoir lancé le concept du web 2.0 (web social exploitant l’intelligence collective des hommes) Tim O’Reilly et John Batelle annoncent l’avènement du web² ; l’exploitation de l’intelligence collective par des capteurs et des données.

Le web² compose l’ensemble des données mises en ligne sur Internet : données publiques, privées, de bien commun, statistiques, géographiques, et personnelles…

Dans leur article traduit en français sur InternetActu.net, O’Reilly et Battelle supposent que la masse des données issues des bases de données, de sites web ou de capteurs “s’ouvriront” pour permettre à toutes sortes d’acteurs de les exploiter de manières nouvelles : les partager, les agréger, les croiser, les analyser, en extraire d’autres significations ou d’autres décisions…

La critique de l’ouverture et de la libéralisation des données

Hubert Guillaud, rédacteur en chef d’InternetActu.net commente l’émergence de ce nouveau paradigme qu’est le web des données.

Il nous livre plusieurs articles thématiques dans lesquels il fait la critique du web², en confrontant les opportunités du partage des données aux limites et aux risques que cela suppose.

Quelles données libère-t-on ?

L’enjeu principal du partage des données, clairement affiché par les auteurs, consiste à créer à partir d’elles de nouveaux services, de nouvelles valeurs. Une donnée qui circule et que beaucoup de gens exploitent intelligemment produit plus de bien-être collectif qu’une donnée soigneusement enfermée dans son silo.
Cependant, “libérer” une donnée, c’est la mettre en circulation et bien souvent, en perdre le contrôle, y compris économique, ce qui n’est souvent pas acceptable dans le secteur privé.
Ensuite, il est bien clair que les entreprises -si elles acceptent de jouer le jeu- ne libèreront que les données qui pourront leur sembler profitable à moyen terme.
De plus, chaque donnée est paramétrée selon des critères intrinsèques (classification, fréquence d’utilisation, géographie,…) si bien que la discussion entre données pourrait s’avérer difficile, voire impossible.

 » Lire l’article Quelles données libère-t-on ? publié sur InternetActu.net

Mesurer les résultats de la libération des données

Les Etats-Unis (avec l’Open Government) et la Grande Bretagne (avec Show Us a Better way) ont récemment libéré certaines données publiques.
Après mesures de ces libérations, on constate que les usages qu’en font les citoyens se concentrent sur certains types de données, comme celles de la criminalité, pour l’Open Government.
De plus, on ne recense pas encore de création de valeur à partir du partage des données publiques ; peu ou pas de nouveaux services en ont émergé.

 » Lire l’article Mesurer les résultats de la libération des données publié sur InternetActu.net


Le tableau de la réutilisation des données publiques du site data.gov entre octobre 2008 et mai 2009 se concentre sur certains types de données.

Toutes les données sont devenues personnelles

La question majeure du web² touche à l’utilisation des données personnelles. Il n’y a plus d’un coté des informations personnelles, et d’un autre, des données qui ne disent rien sur nous, car les outils socio-techniques sont désormais capables de remonter à la source de chaque données.
Dans le même temps, nous mettons en ligne de plus en plus d’informations personnelles , notamment sur les réseaux sociaux.
Le danger est que nous perdions le contrôle sur notre identité numérique, du moins, que la puissance des données partagées soit plus forte que la maitrise de nos propres informations.

 » Lire l’article Toutes les données sont devenues personnelles publié sur InternetActu.net

Quelles limites à la transparence ?

Le but de data.gov (l’un des services de l’Open Government en matière de partage des données publiques aux Etats-Unis) est de rendre transparentes les formes de gouvernance, la libération des données du gouvernement permettant au public de les traiter pour mieux les comprendre.
Pour Lawrence Lessig, professeur de droit à l’université de Standford, cette forme de transparence a du sens, tout comme la libération de données publiques “objectives”, telles que la localisation, la météo, etc., qui ont permis de bâtir de la valeur économique.
Cependant, certains types de transparences soulèvent des questions morales : les données qui, par exemple, révèlent l’influence voire la corruption des élus, que Lessig nome les données de "transparence nue". Ces informations ne révèlent pas uniquement quelque chose de réel, mais véhiculent plus souvent des interprétations, et peuvent être réutilisées pour servir certains intérêts …
Lessig nous met en garde contre les extrapolations non fondées que peuvent causer la libérations de données dénuées de contextes.

Que faire face à la puissance des données ?

En dépis des limites et écueils du web² pointés par Hubert Guillaud, celui-ci nous fait prendre conscience que nous n’échapperons pas au Web², c’est-à-dire à l’exploitation maximale de la puissance des données par l’analyse, la combinaison, la représentation, la recherche fine, etc. Pas plus que nous n’échapperons au fait que les données deviennent chaque jour un peu plus personnelles.

Il existe cependant des solutions pour conserver une once de vie privée, et surtout rester maître des données personnelles que l’on met en ligne.
Par exemple, notre usage plus massif de l’anonymat (voire de l’hétéronymat) lors de nos connexions, ou le cryptage des données, permettant notre identification partielle par les services et objets avec lesquels nous communiquons.
Mais toutes ces solutions ne fonctionneront qu’avec des incitations industrielles et des politiques publiques claires et cohérentes, sur le sujet.

 » Lire l’article Que faire face à la puissance des données ? publié sur InternetActu.net

Image : Quel oeil portons-nous sur les formulaires ? via Rosenfeld Media, données issues de la bible de la création de formulaires : Web Form Design de Luke Wroblewski.

Le partage des données publiques, un enjeu pour la Fing

La Fing estime que le fait de placer le potentiel transformateur des technologies entre des millions de mains permet à la fois de faire émerger des opportunités inédites, et de refonder le lien entre technologie et société. En augmentant la capacité d’innovation de l’ensemble de la société, on développe à la fois la compétitivité et le pouvoir d’agir sur son quotidien, son environnement. Et l’on contribue ainsi à répondre aux inquiétudes vis-à-vis des technologies. Cette approche qui se focalise sur le rôle transformateur des technologies, quand il est délibérément placé entre les mains du plus grand nombre, est à la fois féconde et libératrice. En faisant travailler ensemble grandes et petites entreprises, acteurs publics et privés, chercheurs et acteurs, créateurs, activistes et utilisateurs, la Fing souhaite favoriser la création des conditions d’émergence de ce nouveau régime d’innovation au bénéfice de tous.

La Fing a décidé de s’engager sur le sujet du partage des données publiques.
C’est grâce à la réutilisation des données publiques que des idées neuves pourront fleurir, et que les organismes publics eux-mêmes pourront proposer des nouveaux services, que de nouvelles formes de proximité pourront émerger.

De quelles données parle-t-on ?

Bien sûr il ne s’agit pas de libérer n’importe quelles données du web, et surtout pas celles liées à des personnes.
On s’intéressera aux données publiques non nominatives ayant une dimension territoriale, qu’elles soient produites par un organisme d’Etat, une collectivité territoriale, une entreprise sous contrat public…
Par exemple, en se focalisant sur l’innovation en matière de services aux citoyens ou aux entreprises, on s’intéressera en priorité à des données structurées et factuelles (description du territoire, informations relatives à des services, adresses, horaires, valeurs, données temps réel…), les données publiques “objectives”.
Dans cette voie, la Fing s’appuie sur les législations européenne et française, stipulant que les informations détenues par les organismes publics, ou par des entreprises chargées d’exploiter un service public, doivent pouvoir être rendues accessibles et réutilisables, à des fins commerciales ou non, d’une manière non-discriminatoire et non-exclusive, et à des coûts qui n’excèdent pas leur coût de production. Les exceptions sont peu nombreuses, en dehors bien sûr des informations nominatives.

Le projet de la Fing : une exploration pratique dans les territoires

La Fing souhaite engager avec deux territoires pilotes une action en vue de faire émerger un grand nombre de projets innovants sur un axe stratégique de développement du territoire et fondés sur la réutilisation de données publiques (lisez la description du projet).
La Fing recherche deux villes ou agglomérations pilotes qui accepteront (sur une période de 6 mois) de "libérer" l’accès à un ensemble significatif de données publiques territoriales – auxquelles s’ajouteront les données publiques d’Etat qui seraient d’ores et déjà accessibles à propos de ce territoire, ainsi que, le cas échéant, des données privées.

Faire émerger des services issus du partage des données publiques

Dans ces territoires, la Fing mobilisera tous les acteurs utiles (organismes publics, entreprises, médias, associations, chercheurs…) pour faire émerger de 30 à 50 services, applications et usages innovants fondés sur l’exploitation de ces données.
Les actions de la Fing consisteront à organiser des ateliers créatifs, en facilitant les rencontres et les partenariats, en assistant ceux qui rencontrent des difficultés, et en soutenant les meilleurs projets.

Finalités du projet

Ces expérimentations ont pour but de servir de cas d’école pour aider à mieux lever les réticences et difficultés concrètes que soulève l’ouverture de l’accès aux données.
Elles permettront ensuite de produire un "guide pratique" de la réutilisation des informations publiques territoriales au service de l’innovation et de la proximité.

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