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Un nouveau départ pour les green techs

Revu suite à l’atelier du 26 mai 2011. Projet a priori différé, les participants s’accordant sur l’importance du sujet (et la réalité du problème), mais ressentant une difficulté pour trouver, dans le cadre de la Fing, le bon angle d’attaque : avec qui y travailler ? Qu’est-ce que la Fing peut apporter, dans le cadre de ses "expéditions" ? Qu’est-ce qui n’est pas en train de se faire ailleurs et qui sera utile aux acteurs ?…

1- De quoi s’agit-il ?

Les "green techs" sont présentées, à la fois comme un des principaux secteurs de croissance pour les années à venir, et comme une des manières de répondre aux enjeux énergétiques et environnementaux à venir.

Pourtant, leur dynamique de développement est aujourd’hui décevante. Leur décollage commercial est plus lent qu’anticipé. Elles ne font pas rêver, ne suscitent pas de désir. Leur impact environnemental est parfois remis en question, si elles ne s’accompagnent pas de transformations profondes des pratiques, des circuits et des modèles économiques, des politiques publiques, etc. Le degré d’innovation de ce secteur est même souvent remis en question.

Que manque-t-il ? Comment retrouver un élan ? Comment mobiliser les technologies pour un réel changement dans les modèles de développement ? Comment faire émerger les alliances, les écosystèmes nécessaires ?

2- Que pourrait-on attendre concrètement d’une expédition Fing ?

L’idée de cette "expédition" consiste à croiser innovation numérique et innovation "green", de deux manières :

  1. Le fonctionnement des systèmes d’innovation : intelligence collective, innovation ouverte, "écosystèmes" d’acteurs innovant chacun sur la base des outils des autres, agencements souples des acteurs dans des chaines de valeur complexes et multiples… Comment les "green techs" pourraient-elles tirer parti de cette expérience, utiliser les réseaux numériques pour faire circuler les connaissances et les idées, se mettre au service de transformations plus vastes, s’ouvrir aux modifications extérieures, etc. ?
  2. L’appropriation des technologies par leurs utilisateurs : les technologies numériques créent du rêve, catalysent les transformations, distribuent du pouvoir. Elles sont constamment réappropriées par les utilisateurs qui en font des usages imprévus. Elles sont à la fois du côté de l’efficience et de la productivité, et du côté de l’expression, du désordre créatif, du jeu. Comment les "green techs" peuvent-elles s’adresser aux capacités créatives des individus, distribuer du pouvoir et de la connaissances, contribuer aux transformations socio-économiques sans lesquelles il n’y aura pas de développement durable ?

L’expédition "Un nouveau départ pour les Green Techs" devrait donc se fixer pour objectif d’explorer des voies par lesquelles les green techs chercheraient délibérément :

  • A s’ouvrir à l’échange des idées, à l’innovation continue, à l’appropriation, au détournement ;
  • A s’adresser aux capacités créatives des individus, qu’ils soient consommateurs, experts, entrepreneurs ;
  • A ouvrir des possibilités profondément neuves, à élargir les imaginaires, à rendre désirable le durable ;
  • Pour contribuer à des changements radicaux et systémiques (de modèle, de pratique, dans les jeux d’acteurs, etc.), parfois dans des domaines tout à fait inattendus à l’origine.

3- Pourquoi est-ce important ?

  • Nous avons besoin d’innovation verte. La transition écologique de l’économie ne reposera pas seulement sur la contrainte et la prise de conscience. Elle passe aussi par une recherche de productivité, de création de valeur, d’alternatives positives.
  • Aujourd’hui la "green tech" reste un petit monde de spécialistes. Pour un individu ou même une entreprise, faire des choix "durables" apparaît compliqué, incertain et souvent coûteux. Pour les innovateurs (et les investisseurs), l’innovation "verte" est un Eldorado difficile d’accès : informations opaques, expertise diffuse, acteurs épars… Résultat : le sentiment que beaucoup de projets se ressemblent, qu’ils manquent d’imagination, qu’ils se focalisent sur la technique plutôt que l’usage.
  • La technique ne peut pas répondre à elle seule à un problème qui tient à notre modèle de développement. Les technologies doivent faire système. Elles doivent porter ou faciliter des changements dans les modes de production, les cycles de vie des produits, les modes de consommation, les pratiques quotidiennes, les modèles économiques…
  • La mise en œuvre sans réflexion de technologies vertes peut produire des effets pervers : produire à leur tour émissions et déchets ; susciter des "effets rebonds" ; opposer environnement et libertés (cas des péages urbains ou de certaines approches des "smart grids"), environnement et solidarité (les villes durables pour les riches, les banlieues éclatées pour les autres)…
  • Il faut basculer vers un imaginaire positif du développement durable. Le développement durable se fonde sur le constat de la finitude du monde, des limites de ses ressources, de la solidarité mondiale et générationnelle face aux contraintes. Mais son imaginaire ne peut se limiter à l’idée de frugalité : l’innovation peut aider à le rendre plus excitant, ludique, libre…
  • L’histoire de l’innovation internet fournit des pistes fécondes. Cette innovation se situe à l’opposé de l’ancienne vision d’une informatique purement rationalisatrice. Elle produit constamment des utopies, des ruptures, des réagencements, des alternatives concrètes. Elle fonctionne sur une base d’échange et de circulation rapide des idées. Elle associe constamment innovation marchande et non-marchande…

4- Qui est concerné ?

  • Les acteurs publics, qui doivent identifier des manières concrètes et crédibles d’engager la transition verte de l’économie et des territoires.
  • Les grandes entreprises, qui doivent intégrer la transition verte au cœur de modèle économique, ce qui nécessite également que leurs marchés se transforment.
  • Les grands industriels de l’internet d’un côté, de l’environnement de l’autre, qui seront partenaires et/ou concurrents dans l’émergence des plates-formes de l’innovation verte de demain
  • Les entrepreneurs, qui tout intérêt à ce que l’innovation verte devienne un sujet aussi populaire et dynamique que l’innovation numérique.
  • Les investisseurs, qui trouveront à financer des projets plus ambitieux, plus divers, plus différenciants.
  • Les designers, qui ont un rôle majeur à jouer pour relier technologie et société, raison et désir, individuel et collectif… et faire émerger un "désir de vert".
  • Les individus, qui peuvent devenir des acteurs de l’innovation verte.

5- Quels sont les leviers numériques de changement ?

Les leviers numériques sont au minimum de trois ordres :

Rendre l’innovation verte plus ouverte, créative et participative

L’innovation "verte" doit s’ouvrir et se partager, sortir du milieu des spécialistes, prendre le risque de l’exposition maximale. Parmi les pistes :

  • Les technologies et les données ouvertes
  • L’intelligence collective, l’échange d’idées et de réalisations, à l’échelle locale et mondiale
  • Les "living labs" et les "fab labs", la co-conception avec les utilisateurs, l’appel au bricolage et aux détournements, le prototypage rapide et l’expérimentation…

Massifier l’innovation verte

Il s’agit de passer des "bonnes pratiques" à la massification, ce qui signifie par exemple :

  • De véritables écosystèmes économiques d’innovation, d’intégration, de co-création de valeur
  • Susciter une attente et une demande, pas seulement une offre
  • Faire circuler les idées, les modèles, les applications…

Utiliser la puissance des réseaux, de l’information et du numérique au service d’une innovation verte de rupture

Parmi les pistes :

  • Réaliser concrètement le "cradle to cradle", les circuits courts… ce qui exige de permettre à un grand nombre d’acteurs d’échanger, de coordonner leurs actions
  • Développer les formes de partage, de mutualisation, de flexibilisation de l’usage de ressources physiques (automobiles, machines et outils coûteux, espaces, etc.)
  • Substituer des formes immatérielles de déplacement, de consommation… à leurs formes matérielles
  • Aider à mesurer l’empreinte écologique des choses et des pratiques, à faire le lien entre pratiques personnelles et effets collectifs, et récriproquement
  • Rendre possible l’émergence de nouvelles monnaies, de nouvelles formes de compensation, de nouvelles manières de mesurer la valeur…

6- Que rêverions-nous que cette expédition accomplisse ?

Dans l’idéal, cette expédition :

  • Ouvrirait des perspectives nouvelles, à la fois aux acteurs et investisseurs des "green techs" et à ceux du numérique,
  • Fera émerger des concepts désirables et transformateurs, à fort effet de levier environnemental, contribuant à faire "changer de braquet" l’innovation verte,
  • Contribuera à rendre l’innovation verte aussi désirable et populaire qu’aujourd’hui l’innovation numérique.

7- Quelques exemples ou références

Exemples

  • La Montre Verte
  • Freecycle ; l’autopartage, le covoiturage, Velov/Velib…
  • Les nombreux sites de partage d’idées "durables"
  • Sites communautaires de partages de schémas d’objets : Thingiverse, etc.
  • "The Blue Economy" - "10 Years - 100 Innovations - 100 Million Jobs"

Références

  • Le développement durable, la seconde étape, J. Theys, Ch. Du Tertre, F. Rauschmayer, Editions de l’Aube, 2009
  • Pour une mobilité plus libre et plus durable, D. Kaplan et B. Marzloff, Fyp, 2009
  • Gilles Berhault, Développement durable 2.0, Ed. de l’Aube, 2009

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